Quelques jours en Russie

Quelle étrange sensation que celle de rouler sans objectif. A l’aller, nous comptions les heures et les kilomètres pour arriver à temps en mongolie.

Pour le retour, nous n’avons aucune obligation. Pas d’objectif de ville à atteindre, de date de visa à honorer.

Nous roulons simplement. Le temps n’est plus qu’une notion abstraite. La distance, encore plus…Surtout dans ce pays si gigantesque.

La route défile sous nos roues. Tout le monde s’occupe. Jeux, leçons, films et la journée passe.

Je ne sais plus vraiment si nous roulons depuis deux ou trois jours, en fait ça doit être quatre… Cette simple réflexion demande un effort de concentration extraordinaire tant le temps s’étend.

Les pleins de gasoil s’enchaînent. À 50 centimes le litre, on ne les compte plus vraiment.

Jusqu’à ce que la réalité concrète du terrain vous ramène sur terre.

Le 4×4 n’accelere plus. Je monte péniblement jusqu’à 75 km/h puis plafonne. Aucun retrogradage ne me redonne d’élan, je ne dépasse plus les 2000 tours /mn.

Des policiers sur le bord de la route se décident à nous arrêter au dernier moment m’obligeant à piler pour m’arrêter sur la bretelle derrière eux. Le ralenti vacille, le moteur cale.

Contrôle de papiers rapide par un policier souriant et sympathique qui s’essaie à quelques mots d’anglais puis nous laisse repartir.

Le moteur démarre, le ralenti est stable, je reprends la route. Cette petite pause a fait du bien, le moteur fonctionne à nouveau correctement. Nous sommes en milieu d’après midi. Le soleil se devine, timidement caché derrière une épaisse brume qui ne nous lâche pas. La longue route toute droite s’étire devant nous et le moteur donne de nouveau des signes de faiblesse.

Le gasoil du dernier plein avait attiré mon attention, je le trouvais plus sombre que les autres et sentait surtout plus fort. Je m’arrête donc dans une autre station pour compléter la moitié du réservoir que j’avais consommé avec du diesel premium, plus cher, mais normalement de meilleure qualité. Le dieseliste qui m’avait changé les injecteurs m’avait déconseillé ces nouveaux diesels souvent pas assez gras pour les vieux moteurs mais si c’est bien l’ancien plein qui est en cause, un mélange avec du bon diesel ne fera pas de mal.

Arrêtés à la station, nous en profitons pour faire un tour d’inspection de la caravane. Lorsque nous ouvrons la porte, nous découvrons que le sol est totalement recouvert d’eau. Tout ce qui était par terre est trempé. Aucune bouteille ouverte cependant…

M’approchant de la salle de bain, un bruit de petit moteur électrique attire mon attention.

Je me rend alors compte que l’électricité était restée allumée et les vibrations de la route ont fait tomber l’interrupteur du robinet qui s’est activé, vidant l’ensemble du réservoir d’eau sur le sol de la salle de bain.

Nous epongeons, mettons à sécher et nous n’avons plus d’eau.

Heureusement il nous reste quelques bouteilles d’eau potable dans le 4×4 et un bidon de 20l d’eau de Mongolie.

Après un nettoyage, nous reprenons la route. Nous avons prévu un arrêt dans un parking trente kilomètres plus loin.

Nous commençons le trajet à 85 km/h, puis à 80,puis à 75,puis des à coups se font sentir.

Trois kilomètres avant d’arriver nous nous arrêtons dans une station essence pour racheter de l’huile et du liquide de refroidissement pour refaire les niveaux. Les niveaux sont bons, nous reprenons nos trois derniers kilomètres à 60 à l’heure.

Arrivés au parking, la nuit est tombée, les moustiques sont de sortie. Le temps d’ouvrir le capot pour se rendre compte que je ne ferai rien de bon de nuit, je récolte une petite dizaine de piqûres sur les jambes.

Je referme et préfère passer la soirée à réfléchir et demander de l’aide pour être plus efficace demain.

Quelques emails échangés avec Serge, notre Houston à nous, m’aident à recentrer les réflexions sur les causes possibles.

Il y a des causes bénignes probables à ce dysfonctionnement et des causes graves peu probables.

Lorsque l’on est au milieu de la Russie, à 500km de la première grande ville et que l’on a plus beaucoup d’eau… Il est difficile de penser à autre chose qu’à une cause grave et je passerai la nuit à imaginer comment faire réparer une casse de turbo par un mécano Russe.

J’arrive tout de même à me faire un plan d’attaque des vérifications à faire demain matin et je m’endors.

Au matin, les moustiques sont encore couchés, c’est le bon moment pour commencer.

Le circuit d’air est opérationnel, les durites de pression du turbo sont toutes en bon état.

Je démonte le prefiltre à gasoil, il est très sale alors qu’il filtre moins que le filtre principal. C’est une bonne piste.

Le filtre principal n’est pas démontable donc je ne peux pas en avoir le cœur net mais il y a des chances qu’il soit obstrué, les symptômes correspondraient.

Hier soir j’ai repéré sur google maps un revendeur de pièces auto dans une petite ville à 4km de notre position.

Après le petit déjeuner, nous partons donc à la recherche d’un filtre à gasoil.

Arrivés sur place, la vendeuse m’explique qu’ils ne vendent que des pièces pour tracteurs et camions. Un client d’une quarantaine d’années entendant notre conversation, me fait signe de le suivre. Nous sortons, il monte dans sa voiture, moi dans le 4×4 et je le suis.

Il nous amène quelques centaines de mètres plus loin dans un magasin de pièces pour voitures et expliquera au vendeur ce que nous cherchons avant de repartir.

Le vendeur, regarde le moteur, le filtre, il n’en a pas de compatible mais repére des traces d’huile qui lui font penser à une casse de turbo.

Il passe donc un coup de fil à un garagiste et ils passent un bon quart d’heure au téléphone, le vendeur expliquant au garagiste ce qu’il voyait.

En raccrochant il m’explique que ce n’est sans doute pas le turbo mais un problème d’arrivée de carburant ou de sonde à nettoyer et il m’indique sur mon GPS l’emplacement d’un garage puis, se ravise en expliquant que le début de chemin est difficile à trouver à cause des travaux. Il monte dans sa voiture et nous demande de le suivre.

A mi chemin il s’arrête, nous dit que après c’est facile à trouver et il repart d’où il venait.

Nous suivons donc le GPS jusqu’à la position indiquée. Le chemin de terre avance entre des champs et la poussière. Devant nous se dresse un grand immeuble. Je descends de voiture pour demander à un homme qui passait si nous étions bien au garage. Il me répond que non et me demande de le suivre. Il remonte dans sa voiture et nous voilà répartis à suivre un Russe inconnu sur des petits chemins de terre serpentant entre de vielles maisons de bois plutôt délabrées…

Nous étions partis un peu trop loin et avions dépassé le garage.

Notre dernier guide prend le temps d’aller voir le garagiste pour lui expliquer ce qu’il avait compris de notre problème et s’en retourne à ses occupations.

Un garagiste vient alors nous voir, demande d’ouvrir le capot, démarrer le moteur, fait des tests de pression sur la pompe, vérifie le turbo puis les filtres…

Il m’envoie faire un essai routier sans filtre et là, miracle tout refonctionne, puis remet seulement le filtre principal et le problème revient.

Nous avons donc isolé le problème, ce n’est bien qu’un problème de filtre.

L’angoisse de la casse turbo s’éloigne.

Malheureusement, le garagiste me dit que je ne trouverai un filtre Toyota qu’à la grande ville. Par grande ville il faut entendre la ville de OMSK à 500km. Comprenant que cela serait compliqué de faire 500km avec un filtre encrassé, il démonte mon filtre et part avec dans son atelier. Il réapparaît 10mn plus tard avec un autre filtre qu’il a réussi à adapter sur mon support. Il remonte le tout, m’envoie faire un essai routier, tout fonctionne à merveille.

Une fois de retour au garage, je lui demande combien je lui dois, il sourira en me disant  » rien du tout, bonnes vacances en Russie ».

Que répondre à cela à part merci… Merci à tous les russes que nous avons croisé ce matin et qui nous ont donné de leur temps pour nous aider à continuer notre route sans rien attendre en retour.

Outre la générosité, c’est la façon évidente avec laquelle elle est offerte qui est touchante. Une sorte de normalité à aider l’autre qui est dans le besoin que nous avons perdu chez nous.

De tous ceux qui nous ont aidé aujourd’hui, aucun n’a attendu quoi que ce soit, pas même un remerciement, ça allait simplement de soi de nous aider et nous nous en souviendrons longtemps.

Nous reprenons donc notre route, avec un 4×4 qui peut désormais dépasser sans soucis la barre des 80 km/h qui était infranchissable, ce qui nous permet de venir nous caler derrière un camion et de rouler toute l’après midi à 80km/h…

Une pause quelques heures plus loin nous amènera à croiser le chemin d’un italien voyageant seul à bord d’un Toyota hilux avec cabine. Il part pour la Mongolie et nous échangeons des informations sur l’état des routes, les points GPS, les bonnes adresses.

Puis la route reprend, le 4×4 tient le coup, la monotonie hypnotisante du ballet de camions nous embrasse à nouveau.

2 commentaires sur “Quelques jours en Russie

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