Russie, deuxième dernier jour

C’était une belle journée, qui commençait dans la douceur d’un rayon de soleil qui s’était égaré à travers les rideaux pour venir se poser sur notre lit.

La nuit avait été paisible, il devait être 7h30 et je me réveillais doucement lorsque quelqu’un frappa à la porte.

Surpris, je m’habillais promptement pour ouvrir et découvrir un balayeur qui me demandait de déplacer la caravane pour qu’il puisse faire son office juste là où nous étions garés.

Nous sommes donc debout de bonne heure, nous commençons à être un peu fatigués par cette longue traversée mais c’est tout de même une bonne chose, il nous reste 4h de route jusqu’à la frontière nous serons en Mongolie de bonne heure cet après midi et pourrons faire notre premier bivouac dans les montagnes.

Nous voilà donc partis. Heureusement que nous n’avons pas fait cette route de nuit, elle est sinueuse et les vaches que nous avions aperçues s’avèrent finalement être des chevaux qui font peu de distinction entre leurs pâturages, pourtant déjà immenses, et la route.

Si on oublie les frontières officielles, nous pouvons affirmer que nous sommes déjà en Mongolie. Le massif de l’Altaï donne un superbe aperçu de ce à quoi nous nous attendons. Les montagnes vertes, immenses où se regroupent en petit paquets quelques habitations faites de bois, de pierres, et de plumes, puis laisse place à de grandes plaines désertiques.

Nous progressons doucement dans ces méandres et les quatre heures en deviennent six. Le temps s’allonge et malgré le paysage devenu remarquable nous sommes pressés d’arriver.

Finalement, la ville de Tachanta se dresse devant nous. Indiquée depuis plus de 600 kilomètres, nous nous attendions à une ville au moins de moyenne importance mais ce n’est qu’une ville frontalière avec une supérette de trois rayons et un café qui sert quelques plats locaux. Nous y trouvons aussi un hôtel dont l’utilité nous semble bien maigre car tout voyageur arrivant ici doit s’empresser de traverser la frontière pour rejoindre la Mongolie sans s’y attarder… Mais nous en reparlerons tout à l’heure…

Quelques centaines de mètres après l’entrée de la ville, le poste frontière fait son apparition. Nous voulions manger et faire le plein avant de traverser et rebroussons chemin vers le petit centre ville pour répondre à ces besoins.

Nous mangeons dans ce petit café une nourriture faite par une femme d’une soixantaine d’année qui tient son restaurant toute seule. Elle nous montre quelques plats en train de mijoter pour faciliter notre choix.

Super repas entourés de locaux nous dévisageant , visiblement peu habitués à voir des touristes s’arrêter ici.

Nous filons ensuite à la frontière. La file d’attente compte une petite dizaine de véhicules devant nous. Quelques uns passent puis la barrière se ferme à 3 voitures devant nous. Nous descendons pour chercher des informations et rencontrons tout un groupe de véhicules Français qui voyage autour du monde avec des enfants pendant 3 ans. Ils semblent plus habitués que nous aux postes frontière et nous apprennent qu’il y a des horaires d’ouverture et que celui ci vient probablement de fermer. Nous nous préparons donc à passer la nuit au pied de la barrière de sortie de Russie.

Alors que nous commençions à préparer la caravane pour rester ici ce soir, je vois la grille s’ouvrir à nouveau. Je met le contact et avance, nous passons, cela se refermera définitivement juste derrière nous.

Les formalités de sortie sont longues… Des camions passent en priorités, puis les cars… Nous voyons tous les véhicules se faire fouiller, tous les chargements ouvrir, tous les sacs scannés. Nous revient alors en mémoire l’état de rangement de notre véhicule… Nous venons de faire un plein de courses et tout le linge est à sécher dans la caravane…

Vient notre tour, nous passons devant les douaniers qui nous dévisagent, scrutent les passeports, vérifient les documents, tout est en règle.

On nous demande ensuite d’avancer pour la fouille du véhicule. Il pleut. Ils nous font avancer sous un porche.

Les douaniers habituellement si sévères sont plutôt souriants, ils sourient aux enfants, leur proposent de caresser leurs chiens. Devant le rangement approximatif du coffre, ils nous demandent d’ouvrir la première malle, puis la seconde… Le temps d’enlever ce qu’il y a sur l’une pour le remettre sur l’autre, ils se ravisent et demandent juste si nous avons des médicaments. Je montre ceux du coffre, pansements, médicaments pour le transit… Ils ne semblent s’intéresser qu’aux stupéfiants faisant la chasse aux opiacés. Il n’en trouveront pas et disent que tout est bon, je peux refermer le 4×4.

Pendant ce temps, jenna fait visiter la caravane. Devant son air aimable de maîtresse de maison, le douanier lui demande s’il doit enlever ses chaussures pour entrer fouiller. Il aura la chance de se voir autoriser l’entrée en chaussures.

Il cherche lui aussi des médicaments. Lorsque mon douanier et moi arrivons à l’entrée de la caravane après avoir fait le tour du 4×4, nous trouvons Jenna en train de mimer l’utilité de chaque médicament au douanier qui semble prendre un malin plaisir à lui faire tout expliquer.

Il en est de ces instants où l’on regrette de ne pas pouvoir filmer…

Quoi qu’il en soit, il est 18h15 et nous passons. Nous sommes sortis de Russie !

Plus qu’une dizaine de kilomètres pour atteindre le poste frontière d’entrée en Mongolie. Ce ne sera qu’une simple formalité comparé à la Russie.

Le long de la route, nous croisons des véhicules nous semblant familier en contre sens nous faisant des appels de phares. Nous ne comprenons pas cet avertissement et continuons notre route.

Nous nous présentons devant la barrière Mongole tout en cherchant sur la carte un bivouac pour ce soir.

Mais personne ne vint. Au bout de quelques minutes, je descendis de la voiture sous la pluie battante et trouvais un douanier dans une petite cabane qui m’annonçant que le poste frontière estait fermé pour aujourd’hui et que nous ne pouvions pas rester dormir entre les deux pays. Retour en Russie obligatoire.

De retour au poste frontière Russe, tous les derniers passés sont dans le même cas que nous et sont en train de négocier la suite avec les douaniers visiblement bien embêtés par cette situation.

Nous ne pouvons pas entrer en Russie à nouveau notre visa ne permet que deux entrées et nous ne pourrions pas revenir après la Mongolie.

Après quelques hésitations, ils décident d’annuler notre sortie, reprennent nos passeports, retamponnent leur tampon et nous rendent nos documents. Mais pas pour le véhicule. Lui, ne peut pas entrer. Nous devons donc le laisser au poste de douane et nous débrouiller pour passer la nuit dans le village.

Nous entrons donc dans la caravane pour préparer un sac pour ce soir. Juste le temps de découvrir que dans la précipitation et la joie de sortir de la douane nous avions oublié de fermer le placard de nourriture. Tout est donc étalé sur le sol, les conserves, le pain de mie, le pot de chocolat en poudre ouvert…

Devant avoir quelques scrupules à nous laisser ainsi, un des chefs demande à quelqu’un de nous traduire que l’on peut dormir à l’ hôtel à l’entrée de la ville et insistera pour nous appeler un taxi pour nous y amener.

L’hôtel est à moins d’un kilomètre, je lui dit que nous pouvons marcher, il dira juste « vous avez trois enfants », j’accepte donc qu’il appelle un taxi. On ne contrarie pas le chef de la douane avant d’y passer, ou d’y repasser… Bref on ne le contrarie pas…

Au moment de partir, il rigolera, touché d’entendre les enfants lui dire spontanément « spasiba » en quittant le poste frontière.

Le taxi nous emmène donc 1km plus loin à l’hôtel qui prend d’un coup toute son utilité…

L’hôtel est tout en bois, la chambre à 5 lits et est spacieuse, douche ce n’est pas si mal.

Et la vue de la fenêtre donne sur les magnifiques barbelés de la douane.

Cependant, pas de service de restauration mais une cuisine mise à disposition. Évidemment nous n’avons rien à manger et devons enfiler nos vêtements de pluie pour aller chercher, à pied ce qu’il nous faut à la supérette, située à 100m du poste frontière.

Il ne pleut presque plus et cette aventure rocambolesque nous amuse beaucoup.

Nous finissons par regagner notre hôtel pour y passer ce qui sera, cette fois ci c’est sûr (ou pas) notre dernière nuit en Russie.

Demain il nous faut être au poste frontière à 9h pile pour être les premiers à passer. Encore faut il que les douaniers de demain matin soient les mêmes que ce soir. Sinon nous devrons expliquer que notre véhicule est passé sans nous et pour ça nous ne pourrons compter que sur la compétence de mime de Jenna. Nous attendons de voir…

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