Les Îles Lofoten

1200km… Soit deux fois la distance que l’on effectuerait si l’on faisait 600km… Ou douze fois celle qu’on ferait pour faire cent kilomètres… Ou… Enfin, disons simplement que ça commence à être un peu long…

Nous partons de bonne heure. Ce qui signifie ici environ 10h étant donné qu’il est difficile de trouver le sommeil avant au moins minuit.

La route s’étire d’un fjord à l’autre, nous emerveillant un peu plus à chaque franchissement de col.

Le 4×4 se traîne un peu sur les petites routes, les virages de montagne se passent en seconde et la troisième relance tout juste la machine. Cependant nous arrivons à tenir la moyenne effrénée de 50km/h grâce à quelques lignes droite où nous atteignons la vitesse vertigineuse de 80km/h.

Depuis notre entrée en Norvège, nous avons croisé des dizaines de panneaux annonçant un risque de rencontre avec des rennes mais nous n’en avons malheureusement toujours pas croisé. Du moins jusqu’à cette fin d’après midi où en lisière de forêt, nous apercevons une forme étrange au loin.

Seul, tel le dieu cerf, esprit de la forêt de la princesse Mononoke, il se tient devant nous et nous regarde passer. Il n’a plus ses bois et il nous faudra bien quelques secondes avant de le reconnaître mais c’est bien lui. Le renne tant annoncé. Animal emblématique des pays nordiques, il se promène, il est chez lui.

Malheureusement, la route est étroite et n’offre pas d’endroit pour se garer, s’arrêter ou faire demi tour. Nous garderons donc cette image pour nous, au fond de notre mémoire, comme le témoignage de la présence d’une nature encore sauvage existant en Norvège.

Car, c’est bien ce qui est frappant en traversant ces terres. La nature ne semble pas maîtrisée, domestiquée et encore moins soumise. Les routes ont du mal à se frayer un chemin et profitent du peu de place que la nature à bien voulu leur accorder.

Je commence à comprendre pourquoi les légendes des Trolls sont si importantes et si ancrées dans la culture Norvégienne. Ils représentent la force brute et sauvage de la nature. La force que l’on ressent lorsque qu’on la traverse. Nous nous sentons invités, tout juste acceptés par ces forêts, ces montagnes, ces fjords, qui nous font nous sentir tout petits et forcent le respect.

Alors que je conduis, me revient en mémoire la légende Bretonne de Merlin l’enchanteur et de la fontaine de Barenton. Elle parle de ce que la nature nous offre et du devoir que nous avons de la respecter sans gaspiller ses ressources.

Au bout de quelques heures nous sortons de ces petites routes et retrouvons le monde des Hommes. Plus de largeur, plus de lignes droites, quelques villes, du béton, du goudron frais… Beaucoup moins propice à la rêverie mais nous avançons.

De nombreux axes sont bouchés pour travaux, la route est détournée sur de petites portions de piste où nous croisons à deux reprises des véhicules fraîchement accidentés. Pas de blessés mais des vehicles et des caravanes en petits morceaux et visiblement quelques rêves de vacance brisés.

Dix heures de route pour la première journée, autant pour la seconde.

En fin d’après midi, le paysage change rapidement. Les montagnes verdoyantes laissent place à un désert glacial. Une plaine recouverte de roches, de toundra et de neige défile désormais sous nos roues. Un panneau se distingue au loin: “cercle polaire 2km”. Nous y sommes, le cercle polaire est à nos pieds.

Une boutique de souvenirs et un café marquent symboliquement le franchissement de la ligne. Nous nous y arrêtons pour nous offrir la coquetterie de déguster une glace sur le cercle polaire.

Retournant vers le véhicule, nous apercevons au loin deux personnes tournant autour du 4×4. Intrigués, nous avançons et découvrons avec surprise Jocelyne et Michel, le couple de campingcaristes français que nous avions croisé dans le sud de la Suède alors que nous attendions pour les réparations du 4×4.

Rencontre très sympathique et totalement insolite, près de 3000 kilomètres plus loin, se retrouver au même endroit, au même moment tient du hasard le plus……

Nous arrivons à Bodô à l’embarquement du ferry vers Moskenes aux îles Lofoten à 20h15. Le dernier ferry partait à 20h.

Personne sur le port si ce n’est deux camions devant nous prêts à embarquer. Je discute avec le premier chauffeur qui est Russe et ne connaît pas cette traversée. Il m’apprend qu’il a eu son patron au téléphone et qu’une traversée est prévue pour 23h.

Nous décidons donc de ne pas bouger, manger ici et attendre le ferry.

D’autres passager finissent par arriver derrière nous. Je prend plaisir à aller voir tout le monde, leur demander s’ils connaissent les horaires. Personne ne semble vraiment savoir.

Nous commençons à être un petit groupe à se concerter et à chercher si le ferry de 23h est bel et bien prévu.

Un allemand déchiffrera une note affichée sur laquelle la traversée de 23h est barrée au crayon à papier.

Un Norvégien ira sur le site de la compagnie et confirmera cette crainte. La traversée de 23h est annulée. Prochain ferry : 03h15.

Après une courte réflexion nous décidons de rester sur place, dormir si possible 2h et attendre cette traversée.

Après une très courte nuit, le ferry arrive bel et bien. Les billets s’achètent sur place. 210 euros pour 5 avec la caravane pour 3h de traversée.

Nous n’arrivons pas à dormir sur le bateau contrairement aux enfants qui trouvent une place confortable pour s’installer grâce à la présence des accoudoirs des fauteuils.

Une fois débarqués, nous faisons quelques petits kilomètres et trouvons un parking près du village de Reine.

C’est aujourd’hui l’anniversaire de Charlie et Émilie et pour nous remettre de cette nuit mouvementée nous décidons d’aller prendre le petit déjeuner dans un salon de thé au village. Ils n’ouvrent pas avant 10h, cela nous offre l’opportunité de compléter un peu le sommeil manquant.

A 10h nous faisons l’ouverture du salon de thé et dégustons ce qui s’approche sans aucun doute des meilleurs gâteaux que nous ayons mangé. Les parts de gâteau sont généreuses et garnies de crème, de chocolat, de meringue, de noisettes… Le tout sans être gras ou indigeste, un régal.

Après un petit tour de la ville où nous trouvons dans un magasin de sport un modèle de leurre pour la pêche qui nous avait été conseillé par les jeunes allemands du dernier camping puis nous nous dirigeons à une vingtaine de kilomètres dans le but de faire une randonnée pour admirer l’île de son sommet.

La randonnée est courte, environ huit kilomètres, mais la fatigue de la nuit rend l’ascension difficile et les côtes nous font changer d’avis sur la légèreté des parts de gâteau…

Mais peu importe, nous avançons. Quelques poses où nous profitons enfin d’un temps approprié pour laisser filer le drone et voler quelques images, puis nous arrivons au sommet.

Les quelques nuages que nous avions repéré d’en bas et qui nous faisaient douter de la pertinence de monter si haut pour se retrouver le nez dans le brouillard  sont en fait en dessous de nous et nous découvrons un spectacle extraordinaire avec d’un côté la vue sur une plage déserte de sable blanc s’enfonçant dans les eaux vert émeraude de l’océan et de l’autre, les nuages approchant forment un tapis sur lequel il nous semble possible de marcher tant ils sont à notre portée.

Les enfants, bien qu’un peu fatigués par cette montée très raide sont émerveillés d’avoir réussi à grimper jusqu’au dessus des nuages !

Nous redescendons rapidement. Le froid a fini par s’inviter, le vent du nord poussant les nuages de plus en plus bas.

De retour à la caravane, nous préparons le repas choisi par Charlie et Émilie : pâtes carbonara et gâteau fondant chocolat pommes.

Étant en voyage, nous leur avions demandé ce qu’ils voulaient comme cadeau mais il fallait quelque chose de réalisable. Ils avaient tous les deux choisi une tablette de chocolat. Rien de plus. Simplement avoir la sensation du luxe et de l’opulence en ayant rien que pour eux ce que l’on devait partager avec parcimonie depuis près d’un mois désormais.

La joie de la découverte de cette tablette tant espérée vient soulever des questions sur le bien fondé des avalanches de cadeaux de Noël ou d’anniversaires. Ces cadeaux qui sont ouverts et qui ne servent presque jamais. Ces envies tout de suite assouvies qui rendent l’envie elle même sans saveur.

Ils étaient simplement heureux avec ce qu’ils avaient car ils l’avaient espéré et désiré.

La découverte ensuite d’un “vrai” cadeau qui avait été prévu à l’avance par papi et par nous à été une vraie surprise et une joie sans nom.

Ils s’endormiront en disant qu’ils se souviendront longtemps de leur huitième anniversaire.

Le lendemain nous nous réveillons à 11h30… La nuit nous aura permis de récupérer de la fatigue du bateau.

Nous faisons deux heures de route dans les magnifiques îles Lofoten pour rejoindre un petit camping en début d’après midi.

Le programme de la journée était repos et pêche.

Le patron du camping est très sympathique. Nous discutons un peu et il me conseille un coin de pêche à un kilomètre d’ici.

Nous suivons ses indications et allons tester notre nouveau leurre.

Nous prévenons les enfants, ce soir c’est décidé, nous mangeons du poisson ou nous ne mangeons pas.

Quelques lancers sans succès, nous essayons plus loin, toujours rien.

Puis Jenna, se basant sur l’expérience acquise aux côté de son père lorsqu’elle était enfant, se prend l’envie d’essayer un endroit un peu plus escarpé qu’elle a repéré.

Elle lance, prend un peu le temps de regarder le paysage et, pendant que je la prend en photo, sa canne se tord, elle a une touche.

Les cris de surprise et de joie de Jenna et des enfants retentissent, personne n’y croit vraiment. Ce n’est pas possible, il va se détacher, on ne va  pas réussir à l’attraper, l’angoisse et le suspens sont à leur maximum.

Elle remonte sa ligne. Elle a bel et bien réussi à remonter un magnifique poisson d’environ 35/40 cm. Nous n’avons évidemment pas la moindre idée de ce que c’est.

Tellement surpris d’avoir une prise, nous n’avions pas prévu de sac ou de quoi l’assommer et retournons en catastrophe au 4×4 chercher ce qui nous manque.

Pendant un bref instant nous nous sentons tous extrêmement fier et acceptés par cette nature qui nous a offert un de ses poissons pour nous permettre de manger ce soir.

Nous refaisons quelques tentatives pendant environ 2h mais plus rien ne mord. Le patron du camping m’avait prévenu que le leurre était très bien mais peut être un peu petit pour les poissons de ce coin.

Au bout d’un moment le leurre se coince dans un caillou et n’en ressortira pas, dommage.

Nous en profitons pour arrêter là et rentrer au camping pour apprendre que nous avons attrapé un lieu jaune.

Préparation du poisson en papillote avec les enfants et d’un gâteau pour la fête des pères.

Le poisson sera cuit au barbecue et mangé avec un riz au curry. Un véritable délice.

Je ne saurai dire si c’est la douce chaleur du soleil, le plaisir de manger tous ensemble dehors au coin d’un feu un repas que nous avions attrapé nous même ou si le poisson était simplement divin mais c’était assurément le meilleur repas depuis le début des vacances.

Il fait désormais jour toute la nuit mais les montagnes nous cachent la vue directe sur le soleil. La luminosité est comparable à une fin d’après midi par chez nous, à un soleil de 19/20h.

Demain nous quitterons à regret les îles Lofoten qui sont, pour le moment, le plus bel endroit de notre voyage, mais le temps se couvre à partir de demain, il va faire froid et humide et d’autres aventures nous attendent toujours un peu plus loin.

11 commentaires sur “Les Îles Lofoten

  1. super endroit! on espère que vous avez bien profité. mais aussi…………..JOYEUX ANNIVERSAIRE les Loulous !!!! on vous aime très très fort, on pense très fort à vous.
    gros bisous de papymoustache et mamimounette

  2. Superbes paysages et superbes photos!
    Et trop drôle vos manières de dormir dans le bateau avec les « super » accoudoirs🤣

    Je ne sais si vous avez eu nos messages pour votre anniversaire ?! En tout les cas on a bien pensé à Vous!
    Gros bisous

    1. Coucou tata juju, oui nous avons eu les messages. Merci d’y avoir pensé. Ici tout se passe bien et on voit plein de trucs super.
      Gros bisou

    2. Superbes photos, prenez soin de vous 😉
      Et avec un peu de retard un bon anniversaire aux deux ptis monstres de la part de nous trois 😉

  3. Quel périple ! ! Je ne me lasse pas de vous lire, vous voir. De magnifiques photos, paysages et vidéos qui me font bien rêver. Profitez bien, bonne continuation et bon anniversaire aux loulous ! ! Gros bisous à très vite de vous lire

  4. Oh lalala photos magnifiques… une expérience extraordinaire prenez en pleins les yeux… génial de pouvoir vous suivre de si près à autant de kilomètres… je vous embrasse.
    Charlotte

  5. Vos photos font rêver ainsi que vos récits !
    Bravo à jenna pour tes talents de pêcheur ! Mais qui s’est collé à « l’epiaussage » ?
    Profitez bien !
    Bonne route !

  6. toujours de beaux textes et des images splendides bon anniversaire encore les petits grosses bises a vous tous

  7. Je me régale de vos textes et de vos images autant que vous vous êtes régalés de ce lieu jaune !
    Si vous vous êtes offerts la coquetterie d’une glace sur le cercle polaire, vous m’offrez le luxe de juste oublier le quotidien. J’ai dévoré votre premier mois en quelques heures, vivement demain que je me remette à la suite !!!!
    Profitez de chaque instant (et je n’ai pas de doute là-dessus) et de gros bisous à vous 5

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