Trolltunga

Le réveil sonne à 5h30 et étrangement, personne ne rechigne à se lever. Il semblerait que l’idée d’aller marcher sur les terres des Trolls enchante tout le monde.

Le temps de déjeuner, de motiver les troupes, puis de relier en voiture le point de départ, il est déjà 7h10 lorsque nous arrivons.

Le parking est à 4km du début de la randonnée, il faut les faire à pied. L’emplacement est payant pour 24h. 500Nok soit près de 50 euros…

Lorsque je m’approche de la caisse, un anglais qui attendait sur le bord m’appelle pour me demander si je veux lui racheter son ticket, il veut se garer ailleurs. Il sera négocié à 350 NOK, c’est toujours ça de gagné.

Il n’y a pas d’autre chemin que la route goudronnée qui grimpe à 17% en serpentant en virages serrés. Certaines voitures passent sur cette route, un autre parking existe au pied de la rando mais il faut un véhicule de moins de 2m de haut pour y accéder et ce parking est à 60euros la journée.

Cependant, nous nous voyons mal commencer ces 28km de rando par 4km sur une route de bitume, frolés par des conducteurs en retard et pressés d’arriver.

Nous avons donc choisi l’option touristes et emprunté un petit taxi pour cette partie. Le chauffeur nous demandera 70 euros pour les 4 kilomètres. Qui a osé dire que la vie en Norvège était plus chère qu’ailleurs ?…

Début de randonnée.

Pour se rendre compte de l’ambiance, il faut imaginer la ligne de départ d’un triathlon avec quelques dizaines d’athlètes entraînés et équipés qui ne dépareilleraient pas dans une ascension de l’everest. Et au milieu du lot, nous… En jogging quechua.

Tout le monde nous regarde de travers, ils semblent hésiter entre se moquer et nous dire de rebrousser chemin, mais nous démarrons tout de même avec l’envie de passer un bon moment, à notre rythme et l’espoir d’arriver au bout si le chemin n’est ni trop dangereux ni trop épuisant.

Au fur à mesure que nous avançons les paysages gagnent en intensité et nous, qui venons nous promener, commençons à comprendre pourquoi cette randonnée est tant prisée. Il n’y a aucun mot pour décrire le paysage et aucune photo ne saurait faire autre qu’une pâle insulte à l’immensité de ce que nous découvrons.

Le chemin est parfois difficile mais personne ne se plaint. On ne rêve que d’aller voir ce qui se cache derrière le col suivant. Et les kilomètres se passent.

Plus nous avançons, plus les regards que les autres randonneurs portent sur nous changent eux aussi. Tout le monde encourage les enfants, les félicitent. Les mots s’échangent en anglais, parfois en français ou dans des langues que nous ne reconnaissons même pas, mais l’intention de l’échange est toujours la même et toujours pleine d’humanité et de partage.

Au 4ème kilomètre Émilie rate un caillou en franchissant un cours d’eau et tombe, pieds par dessus tête, s’étalant de tout son long dans l’eau glacée. Sitôt séchée et réchauffée nous prenons une première pause goûter.

A l’instar de notre équipement, notre goûter détonne de ceux de nos autres amis randonneurs. La star des encas est la banane, puis viennent la pomme, les barres céréales de marque de sport, le tout surmonté d’une boisson hyper hydratante, tonifiante…

Nous, nous sommes au paquet de cookies…

Je me plaît tout de même à croire que au moment de manger leur banane ou leur barre de céréales compressées, certains nous enviaient.

La progression continue, Émilie n’envisage pas un seul instant de faire demi tour avant d’avoir vu la langue du troll. Ses chaussures font des bulles lorsqu’elle marche et cela l’amuse.

Quelques pauses, quelques photos, personne ne se plaint de quoi que ce soit, tout le monde avance avec le sourire. Le temps est avec nous, le soleil chasse les nuages du matin nous offrant une lumière qui vient souligner des paysages que l’on re-découvre ornés de couleurs parfois ocres, parfois pastelles suivant la luminosité.

Nous pourrions rester des heures devant le même panorama et avoir l’impression qu’il change sans cesse, qu’il évolue, qu’il vit.

Mais nous finirions par manquer de Cookies…

Nous avançons, ne nous perdant qu’une fois ou deux. Mais nous ne nous perdons pas seuls, à chaque fois un petit groupe nous suit et nous nous retrouvons à discuter tous ensemble de la meilleure route à prendre. Lorsque nous choisissons, tout le monde nous suit à nouveau… On doit avoir l’air de savoir où l’on va…

Après un passage un peu difficile, nous arrivons finalement sur le plateau où l’on aperçoit au loin le groupe des premiers arrivés, puis se dessine devant nous la majestueuse langue du troll.

Nous l’avons fait.

De nombreuses personnes viennent nous saluer, féliciter les enfants qui me surprennent parfois à répondre naturellement en anglais à quelques questions sur leur âge ou leur nom.

Le moment de la photo est très impressionnant mais très organisé. Des consignes de sécurités sont données pour s’avancer sur la langue, ce qui n’empêche pas certains, d’y danser, de tourner, de s’avancer au bord pour faire la pose la plus originale de la journée et retirer une imaginaire gloire de leur mépris du danger au risque de se retrouver 600m plus bas.

Lorsque nous nous avançons, beaucoup de monde nous regarde et nous prend en photo. Une pause de grimaces fait crépiter les appareils autour de nous. Point de folie à risque pour nous, nous nous retirons doucement avec de nouvelles félicitations pour les enfants.

Après une pause d’une heure et demi nous prenons la route du retour.

Cela commence à être plus difficile. Tout le monde s’est refroidi, certaines douleurs sont apparues et l’attrait de la découverte du troll s’est effacé, bien que l’idée de la glace promise par Jenna à l’arrivée fasse plutôt bien son effet.

Nous marchons doucement mais avec tout de même peu de plaintes. Nous rencontrons quelques couples qui descendent en même temps que nous et profitons de la discussion pour effacer certains kilomètres de notre conscience.

Nous finissons par arriver au point de retour, il est 18h10.

J’appelle la compagnie de taxi, tout le monde est épuisé et endolori, pas question de faire les 4 kilomètres de route.

Surprise, ils cessent leur activité à 18h. Malgré la douleur et la fatigue tout le monde se relève et se tient prêt à repartir pour ces 4 kilomètres.

Au dernier moment nous croisons un groupe de jeunes qui semble s’être garé sur le parking juste à côté, je discute quelques minutes avec eux, le conducteur nous propose d’aller déposer ses amis en bas puis de remonter nous chercher. Un petit coup de chance qui vient illuminer cette fin de journée épuisante.

Retour à la caravane, Charlie se pose un peu dans son lit avant de manger et s’y endormira tel quel, les autres suivront rapidement et je dois bien avouer être pressé de terminer cet article pour fermer les yeux à mon tour afin de retourner à coup sûr chasser le troll sur le champ de rêves Norvégiens.

11 commentaires sur “Trolltunga

  1. Bonjour à toute la belle équipe des globe-trotters. Votre périple est vraiment extraordinaire à suivre. Alors, profitez vraiment de chaque instant. Et un grand bravo aussi à toi Christos pour tous les résumés de voyage. Ils sont aussi succulents qu’une bonne glace après une grosse journée de marche !!!
    Sur la route des fiords Norvégiens, prenez garde aux trolls : ils sont souvent joueur, sournois et un peu facétieux, un peu comme les korrigans de Bretagne !

    1. Salut Ronan,
      Merci pour ton commentaire ! Je pense qu’il serait intéressant d’essayer de lier l’origine des Trolls et des Korrigans. De ce que j’en ai lu l’origine des Trolls remonte au moins au Vikings. Auraient ils donc amené ces croyances avec eux, appropriées par la suite, devenant des korrigans ou les korrigans étaient ils déjà présents à l’arrivée des Vikings ?
      En tout cas leurs places importantes dans les deux cultures sont comparables et fascinantes en bien des points !
      Tout le monde ici t’embrasse. À bientôt !

  2. bravo a vous .de merveilleux souvenirs commencent a arriver
    attention aux trolls; ils hantent souvent les têtes bien après avoir croise leur route

  3. Bravo !!!! Et photos magnifiques, effectivement les paysages semblent à couper le souffle!
    Je vous félicite les loulous ! Quant à la photo sur la langue….heureusement que je n étais pas là car je pense que je me serais sentie mal….rien que la voir je suis stressé pour les loulous !
    Gros bisous
    Tata juju

  4. Bravo à tout ses petits champions 👍🏻Courageux et administratif devant ces magnifiques paysages 😃vous nous faites rêvé…🥰

  5. Bonjour à tous!
    Nous vous suivons à travers ce joli blog!
    Félicitations à tous et surtout aux enfants d’avoir réussi ce long périple à travers les montagnes mais lorsque l’on voit tous ces beaux paysages, pas étonnant, ça doit vraiment en valoir la peine!
    Je vous avoue que quand je suis tombée sur les derniers photos, la grande peureuse du vide que je suis et cette hauteur vertigineuse m’a un peu refroidi et la seule chose qui m’est venue à l’esprit est « ils sont complètement cinglés ! » Haha.
    En tout cas ce sont de très belles photos et très bien racontées!
    Profitez bien de tous ces beaux moments si précieux!
    Bisous à tous

    1. Merci Julie !
      Je t’avoue que on a hésité à la faire cette photo car à voir de l’extérieur c’est absolument terrifiant mais en fait lorsque l’on est dessus c’est tout de même assez sécurisé ça fait plus de 3m de large et c’est bien organisé.
      J’espère que par chez vous tout va bien et que vous prenez vos marques à 3.
      Bisous à vous !

  6. Ça donne vraiment envie d’y aller…

    La glace a ete bonne ?

    Les trolls ne vous ont pas joués de mauvais tours ?

    Passez le bonjour a Ódin et Thor de ma part !

    Bon courage pour la suite !

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